{"id":4341,"date":"2014-11-13T15:25:20","date_gmt":"2014-11-13T14:25:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.paolobaracchino.com\/il-mio-primo-incontro-con-michael-broadbent-2\/"},"modified":"2017-04-06T12:01:19","modified_gmt":"2017-04-06T10:01:19","slug":"ma-premiere-rencontre-avec-michael-broadbent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.paolobaracchino.com\/fr\/nouvelles-et-evenements\/voyage-et-reunions\/ma-premiere-rencontre-avec-michael-broadbent\/","title":{"rendered":"MA PREMIERE RENCONTRE AVEC MICHAEL BROADBENT"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u00e0 mon premier article sur cette nouvelle revue qui en est \u00e0 son premier num\u00e9ro \u00a0: je le d\u00e9die \u00e0 Michael Broadbent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par le pass\u00e9 j\u2019ai men\u00e9 \u00e0 bien diff\u00e9rents s\u00e9minaires de d\u00e9gustation concernant la manifestation d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Alla Corte del vino\u00a0\u00bb (A la Cour du vin), qui avait lieu non loin de Florence. J\u2019ai maintes fois invit\u00e9 en ces circonstances le directeur du D\u00e9partement des Vins\u00a0 du Christie\u2019s, David Elswood.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est Judy Beardsall, courtier en vins am\u00e9ricaine, qui m\u2019avait pr\u00e9sent\u00e8 David. Tous deux deux m\u2019avaient longuement parl\u00e9 de Michael, me pr\u00e9cisant qu\u2019il avait pour mission de s\u00e9lectionner les vins que le Christie\u2019s mettait aux ench\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Go\u00fbter des vins pour des ventes aux ench\u00e8res faisait et fait encore partie de son travail\u00a0. Il doit en appr\u00e9cier la qualit\u00e9 et l\u2019\u00e9tat de conservation. Michael a d\u2019ailleurs \u00e9crit un livre o\u00f9 il analyse toutes ses d\u00e9gustations au cours des ann\u00e9es. Il s\u2019agit de vins remontant jusqu\u2019\u00e0 plus de trois-cents ans\u00a0: 18<sup>e<\/sup>, 19<sup> e<\/sup>, 20<sup>e\u00a0 <\/sup>et 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Je r\u00eave de pouvoir faire un travail tel que le sien\u00a0: go\u00fbter aussi bien des vins r\u00e9cents que certains crus d\u2019un pass\u00e9 lointain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai toujours vu en Michael une sorte de mirage, que l\u2019on ne peut atteindre ni toucher. Un mythe en somme\u00a0! Combien d\u2019individus dans le monde ont-ils une exp\u00e9rience d\u00e9gustative semblable \u00e0 la sienne\u00a0? Personne d\u2019apr\u00e8s moi\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En avril 2006, David Elswood me demanda si je voulais tenir \u00e0 Londres un s\u00e9minaire concernant une verticale de vins italiens, provenant d\u2019un domaine mondialement connu, digne d\u2019un \u00e9v\u00e9nement tout \u00e0 fait sp\u00e9cial\u00a0: le quaranti\u00e8me anniversaire du D\u00e9partement des Vins du Christie\u2019s. J\u2019ai bien entendu accept\u00e9, pouss\u00e9 entres autres \u00e0 le faire par Judy Beardsall, qui me promit de m\u2019aider \u00e0 traduire la brochure que l\u2019on doit obligatoirement r\u00e9diger \u00e0 cette occasion, apr\u00e8s que je lui aie confi\u00e9 que ma connaissance de l\u2019anglais n\u2019allait pas au-del\u00e0 d\u2019un niveau scolaire. Sans me d\u00e9courager d\u2019ailleurs pour autant, vu que j\u2019aime me mettre en jeu, c\u2019est donc avec enthousiasme et avec grand plaisir que j\u2019acceptai. David me demanda alors \u00e0 quel domaine je pensais et je lui citai deux noms\u00a0: Antinori et Ornellaia. Il me fit bien entendu remarquer qu\u2019il fallait opter pour l\u2019un des deux. C\u2019est sur Antonori que je jetai mon d\u00e9volu, sachant qu\u2019Ornellaia devait participer \u00e0 une d\u00e9gustation suivie d\u2019ench\u00e8res \u00e0 New York d\u2019ici quelques mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est avec plaisir que Renzo Cotarella et Piero Antinori me donn\u00e8rent leur accord, d\u00e8s que je leur en parlai. Et je me sentis d\u2019ailleurs honor\u00e9, en l\u2019occurence, car je savais que chez les Marquis Antinori l\u2019on n\u2019acceptait g\u00e9n\u00e9ralement pas de d\u00e9l\u00e9guer une tierce personne en tant que d\u00e9gustateur de leurs vins. Mais il faut dire qu\u2019aussi bien l\u2019un que l\u2019autre connaissaient ma mani\u00e8re de proc\u00e9der, au point de me faire confiance, tout en sachant que si je trouvais dans un de leurs vin quelque aspect\u00a0 n\u00e9gatif, je n\u2019h\u00e9siterais pas \u00e0 le faire remarquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sus que seuls Albiera Antinori, Michael Broadbent et moi-m\u00eame participerions \u00e0 la d\u00e9gustation de cinq mill\u00e9simes, toujours les m\u00eames,\u00a0 concernant le Tignanello et le Solaia. L\u2019un de mes r\u00eaves prenait forme\u00a0: j\u2019allais faire connaissance avec Michael.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelque temps avant notre rencontre \u00e0 Londres, je d\u00e9gustai avec Renzo Cotarella, \u00e0 Florence, les Tignanello et Solaia des ann\u00e9es 1985, 1995, 1997, 1999 et 2001. J\u2019\u00e9crivis mes notes critiques les concernant et Judy Beardsall en fit la traduction en anglais. L\u2019entreprise des Marquis Antinori se chargea de faire imprimer les brochures et de les envoyer \u00e0 Londres, au Christie\u2019s, l\u00e0 o\u00f9 aurait lieu la d\u00e9gustation, en pr\u00e9sence d\u2019un public de journalistes, aussi bien du monde des \u00e9noth\u00e8q\u00a0\u00a0\u00a0 ues que de celui de la restauration. Je partis pour Londres le 5 novembre et, l\u2019apr\u00e8s-midi du 6, Judy Beardsall et moi nous rend\u00eemes au Christie\u2019s, o\u00f9 se trouvaient d\u00e9j\u00e0 Albiera Antinori, David Elswood et Micheal Broadbent. David me pr\u00e9senta \u00e0 Michael et nous commen\u00e7\u00e2mes \u00e0 agencer au mieux notre d\u00e9gustation\u00a0: Albiera se chargerait de pr\u00e9senter l\u2019exploitation Antinori et pour ma part je devrais d\u00e9guster les vins un \u00e0 un. Michel aurait ensuite pour mission d\u2019ajouter des commentaires sur les vins d\u00e9gust\u00e9s. Je fis appel \u00e0 Albiera elle-m\u00eame pour une aide linguistique, mon anglais \u00e9tant quelque peu pr\u00e9caire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le moment venu, au terme du discours d\u2019Albiera, devant parler du premier vin d\u00e9gust\u00e9, je ne parvins pas \u00e0 prof\u00e9rer le moindre mot. Michael me regarda et, constatant mon mutisme, commen\u00e7a son commentaire personnel. S\u2019approchant alors de moi, David me dit\u00a0: \u00ab\u00a0Vas-y Paolo, parle sans crainte\u00a0!\u00a0\u00bb. Je jetai un coup d\u2019oeil \u00e0 Michael et me dis qu\u2019apr\u00e8s tout\u00a0 il ne s\u2019agissait que de parler de vins et que c\u2019\u00e9tait en fait ce qui primait pour moi \u00e0 ce moment-l\u00e0. Je pris donc mon courage \u00e0 deux mains et me mis \u00e0 parler, \u00e0 exprimer mes sensations. Je m\u2019apercevais que Michael me regardait, l\u2019air satisfait\u00a0: rien de tel pour me remonter le moral. J\u2019entrepris m\u00eame de comparer le Sangiovese et le Nebbiolo, puis ces deux derniers au Pinot noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je notai au passage que Michael semblait fort int\u00e9ress\u00e9, ce qui me poussa \u00e0 continuer sur ma lanc\u00e9e. Je me rendais compte qu\u2019il m\u2019approuvait et disait \u00e0 voix basse\u00a0: \u00ab\u00a0Personne n\u2019 avait dit cela jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Ce qu\u2019il dit est vrai\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019assimilai les trois c\u00e9pages sous diff\u00e9rents aspects\u00a0: tous trois en effet sont clairs, d\u2019une remarquable fra\u00eecheur, ils exhalent des notes de violette, de cerise, de framboise, de prune et d\u00e9gagent souvent en vieillissant des senteurs d\u2019humus, de sous-bois fait de feuilles mortes, de gibier, de pruneau, de foin et de chloropylle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9gustation se poursuivit, face \u00e0 un public fort int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je parlai \u00e9galement en cours de route de ma fa\u00e7on de d\u00e9guster un vin, de l\u2019\u00e9quilibre gustatif, indispensable\u00a0 pour qu\u2019on le consid\u00e8re comme buvable, de la condition sine qua non qu\u2019un vin rouge mette en \u00e9vidence les substance dures, les tanins, la fra\u00eecheur, la sapidit\u00e9, aux d\u00e9pens des substances molles, autrement dit des sucres, alcools et polyalcools. J\u2019insistai sur le fait qu\u2019un vin doit \u00eatre \u00e9quilibr\u00e9 et qu\u2019en cas de c\u00e9pages tels que les Sangiovese, Nebbiolo et Pinot noir, la fra\u00eecheur se doit de ma\u00eetriser l\u2019alcool.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au terme de la d\u00e9gustation, Michael me f\u00e9licita et m\u2019approuva, ajoutant qu\u2019il n\u2019avait jamais entendu ce genre de commentaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais \u00e0 la fois heureux et las, combl\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que quelqu\u2019un d\u2019aussi \u00e9minent que Michael m\u2019ait fait de tels compliments. Albiera, ayant appr\u00e9ci\u00e9 elle aussi la d\u00e9gustation, me f\u00e9licita et David me dit\u00a0: \u00ab\u00a0Alors, tu as vu que tu t\u2019en es bien sorti\u00a0!\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 Michael, il \u00e9tait si content qu\u2019il me fit don de son livre concernant des d\u00e9gustations de vins remontant jusqu\u2019\u00e0 plus de trois-cents ans, et il me fit l\u2019honneur d\u2019une d\u00e9dicace sur la page de garde. Judy me sembla tout \u00e0 fait satisfaite \u00e9galement, quoiqu\u2019un peu \u00e9tonn\u00e9e que Michael, qu\u2019elle connaissait depuis des ann\u00e9es, m\u2019ait offert son livre, alors qu\u2019elle-m\u00eame n\u2019avait jamais re\u00e7u de sa part un pr\u00e9sent d\u2019une telle importance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0. C\u2019est donc ainsi que j\u2019ai fait connaissance avec Michael et Judy n\u2019a pas manqu\u00e9 de nous prendre en photo au cours de la d\u00e9gustation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De retour \u00e0 Florence, au comble de la joie, je gardai d\u2019une telle exp\u00e9rience un merveilleux souvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux ans plus tard environ, j\u2019\u00e9tais en France, \u00e0 Pauillac, au restaurant \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner, en compagnie de mon ami Alexandre Wagner, directeur technique du Grand Jury Europ\u00e9en, lors d\u2019une pause au cours de la d\u00e9gustation du Grand Jury. Je me mis \u00e0 lui raconter mon exp\u00e9rience londonienne, lui parlant donc de cette rencontre avec Michael Broadbent. J\u2019exhibai mes photos et vid\u00e9os, o\u00f9 l\u2019on voyait que Michael approuvait mes commentaires et m\u2019observait avec attention et int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ayant lev\u00e9 la t\u00eate, je vis \u00e0 une table toute proche de la n\u00f4tre, un monsieur en compagnie d\u2019une dame et, m\u2019adressant \u00e0 Alexandre, je lui dis\u00a0: \u00abJ\u2019ai l\u2019impression que je le connais. Serait-ce un producteur\u00a0?\u00a0\u00bb Alexandre le regarda et me dit qu\u2019il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 vu lui aussi et qu\u2019effectivement il devait s\u2019agir d\u2019un producteur. Mais je r\u00e9alisai tout \u00e0 coup, venant de le revoir en vid\u00e9o, que c\u2019\u00e9tait justement Michael Broadbent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme foudroy\u00e9, je bondis, sans rien dire \u00e0 Alexandre et m\u2019adressant \u00e0 Michael\u00a0: \u00abBonjour Michael, vous vous souvenez de moi\u00a0?\u00a0\u00bb . Il me d\u00e9visagea, puis me gratifia d\u2019un beau sourire. Une accolade amicale scella notre nouvelle rencontre. Il me raconta qu\u2019il \u00e9tait en train d\u2019\u00e9crire un livre, sur les vins bien entendu, et me parla des nombreuses d\u00e9gustations de la saison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin du d\u00e9jeuner, je lui dis au revoir ainsi qu\u2019\u00e0 sa femme, tout en esp\u00e9rant les revoir au plus t\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019ai plus rencontr\u00e9 Michael depuis, mais je lui envoie p\u00e9riodiquement les copies des revues pour lesquelles je r\u00e9dige des articles, traduits en anglais. Et j\u2019ai derni\u00e8rement re\u00e7u de sa part une lettre d\u2019estime \u00e0 mon \u00e9gard qui m\u2019a profond\u00e9ment touch\u00e9. Je lui ai demand\u00e9 s\u2019il m\u2019autorisait \u00e0 la publier et, suite \u00e0 sa r\u00e9ponse affirmative, je m\u2019appr\u00eate \u00e0 le faire ci-dessous. Je continue \u00e0 correspondre avec lui.\u00a0 J\u2019esp\u00e8re que, t\u00f4t ou tard, il acceptera mon invitation \u00e0 Florence, que nous pourrons d\u00e9guster et appr\u00e9cier ensemble certains vins renomm\u00e9s et \u00e9galement savourer un bon repas \u00e0 l\u2019Enoteca Pinchiorri, chez mon ami Giorgio. Dans sa derni\u00e8re lettre, Michael m\u2019a dit que nous pourrions d\u00e9jeuner chez Pinchiorri lors de son prochain s\u00e9jour \u00e0 Florence. Je souhaite que ce r\u00eave se r\u00e9alise au plus t\u00f4t.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est l\u00e0 mon premier article sur cette nouvelle revue qui en est \u00e0 son premier num\u00e9ro \u00a0: je le d\u00e9die \u00e0 Michael Broadbent. Par le pass\u00e9 j\u2019ai men\u00e9 \u00e0 bien diff\u00e9rents s\u00e9minaires de d\u00e9gustation concernant la manifestation d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Alla Corte del vino\u00a0\u00bb (A la Cour du vin), qui avait lieu non loin de Florence. 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